J’y suis arrivé!

Je suis parti samedi matin sans trop savoir si j’arriverais à courir 42.2 km sans sentir ma blessure au mollet. Je me savais en voie de guérison, mais il restait encore de la douleur la dernière fois que la physiothérapeute avait massé le mollet. Je partais donc avec quelques points d’interrogation. Une seule chose était sûre: je manquais d’entraînement et je ne devais pas m’attendre à des miracles.

Avant d’entreprendre le récit de ma course, il faut que je parle brièvement de l’atmosphère qui régnait à Boston en fin de semaine. La ville est envahie par les coureurs. Boston est vraiment La Mecque de la course à pied. Le fait d’avoir à se qualifier pour pouvoir faire le marathon y doit être pour quelque chose. Le salon du coureur est énorme et on y trouve des aubaines incroyables. Je me suis acheté une paire de Saucony, modèle d’il y a deux ans, à 40$. Tout le monde a le sourire aux lèvres. Comme il faisait beau en plus, c’était génial. Dimanche, j’ai assisté aux essais chez les femmes pour les jeux olympiques de Beijing. Donna Kastor a dominé tout le long. Il y avait plein de monde pour encourager les athlètes. L’après-midi, “I went to the ball game” au Fenway Park. Le stade a 96 ans et les Bostonnais sont maniaques de baseball. L’atmosphère était survoltée. Je suis allé aussi au Pasta Party qui était très bien, avec une belle ambiance.

Bref, je trippais. Je participais à un événement, j’en étais conscient et j’en profitais au maximum. Comme en plus je ne visais pas vraiment de temps, je n’étais pas stressé. Tout ce que je souhaitais, c’était que mon mollet ne se manifeste pas.

Le matin du départ, ils annoncaient 46F au départ et 54F à l’arrivée, sous un ciel couvert. La température idéale quoi. À l’arrivée à Hopkinton, on frissonnait. J’avais décidé de courir en camisole, car j’ai chaud quand je cours et je savais que ce serait suffisant.  Comme c’était nuageux, je n’ai pas cru bon d’apporter de casquette ou de me mettre de la crème solaire. Mais j’ai eu la bonne idée de m’apporter des vêtements chauds en attendant.  J’ai aussi pris un café, même si je savais que ça me donnerait envie. À 9h15, j’ai pris le chemin du “corral 7″ en abandonnant mes vêtements chauds dans l’autobus qui m’était assignée. Mais le temps c’était réchauffé. Peu après mon arrivée dans mon “corral”, ils ont joué l’hymne national et c’est à ce moment-là que le ciel s’est subitement éclairci. La journée n’allait pas être sous les nuages, mais bien sous le soleil. J’étais très content d’être en camisole. Quand je regardais autour de moi, bon nombre de coureurs avaient mis deux épaisseurs ou portaient des chandails à manches longues. Ce que j’aimais moins, c’était le soleil qui allait me taper sur mon coco sans aucune protection.

Quand l’heure du départ a sonné, je suis parti tranquillement, comme prévu. Comme de raison, tout le monde me dépassait. C’était normal, puisque j’étais avec des coureurs qui s’étaient qualifiés en 3h15. Je me suis donc laissé transporter par le flot. Comme nous étions sur une pente descendante, je regardais la marée humaine déferler devant moi, ce qui m’impressionnait énormément. J’avais l’impression de courir très lentement. Pourtant, à la marque du 2km, j’ai constaté que je roulais à un peu moins de 5:00 le km, soit plus ou moins mon rythme normal d’entraînement. Mais je savais bien que je ne tiendrais pas ce rythme. Au salon de l’expo, j’avais pris un “pace band” réglé pour 3h42. Mais comme ça ne me tentais pas de vérifier à tout bout de champ, je l’ai jeté par terre au bout de 2 milles.

À mon premier marathon de Boston en 2004, il avait fait 85F (28C). Tout ce que je me rappelle, c’est de la lutte contre la chaleur. Mais cette fois-ci, j’ai bien imprimé dans ma tête que Boston, c’est du sérieux. D’abord, ce n’est presque jamais plat. C’est vrai qu’on descend au début, mais ce n’est jamais constant. C’est grosse descente, petite montée, grosse descente, petite montée et ainsi de suite jusqu’au demi (après ça, c’est une autre histoire). Comme je n’allais pas trop vite, moi j’en profitais pour regarder la masse de coureurs et m’amuser avec les spectateurs en faisant des “high five” aux enfants. J’aimais bien aussi prendre un quartier d’orange tendue par une toute petite main sous les encouragements de sa maman. C’était cute. La seule chose qui m’énervait, c’était le soleil qui me plombait sur la tête. Je regardais si des nuages s’en venaient. Il n’y en avait pas. Je regardais aussi par terre, au cas où un coureur aurait fait tomber sa tuque ou une casquette et que j’aurais pris pour me couvrir la tête.

J’ai franchi la ligne du 10km en 48:25. Je m’étais dit que je garderais ce rythme jusqu’au demi et qu’après, je ralentirais avant de m’attaquer aux côtes de Newton et que je reprendrais le rythme après, si j’étais capable. J’ai donc continué de courir en souriant et en me faisant dépasser de toutes parts, sans m’en soucier.

J’allais franchir le demi après environ 1:46 de course lorsque j’ai entendu une clameur au loin. C’était les filles du Wellesley College, qui étaient en fait juste après le demi. Là, je m’en suis donné à coeur joie. Peut-être même un peu trop. Évidemment, elles criaient comme des malades. Moi je leur faisait des high fives d’une main, en criant “Wellesley number one” à qui mieux mieux en pointant mon index de l’autre main, ce qui les énervait encore plus. Puis je me suis arrêté pour en embrasser une qui tenait une pancarte “kiss me and I’ll sing”. Mais j’ai oublié de lui demander de chanter.

Sauf qu’apres m’être bien énervé, j’ai senti une petite baisse à Wellesley. J’ai donc ralenti le rythme, puis les choses se sont tassées et j’ai repris le sourire et les high fives. Mais je n’ai pas essayé de reprendre mon pace, car je savais trop bien ce qui m’attendait. Après le 15e mille, il y a une bonne descente. Mais tout change après. À Boston, la partie entre le 16e et le 21e mille, c’est exactement le contraire du début. Au lieu d’être grosse descente, petite montée, c’est grosse montée, petite descente. Ces montées-là, je les ai courues très lentement. Mais je les ai toutes courues. Celle avant le 18e mille, elle était tough. Puis la Heartbreak Hill, well, she broke my heart. Au 30e km, je m’enlignais pour arriver à environ 3h45. Mais les côtes, mon manque d’entraînement dû à mes blessures et le soleil qui continuait à taper (je pourrais rajouter aussi le vent, mais dans mon cas, la petite brise me faisait du bien) ont eu le dessus sur moi. Au 23e mille, j’ai marché un peu. Je prenais toute l’eau et tout le gatorade que je pouvais, et je m’aspergeais la figure avec le reste de l’eau, pour me rafraîchir. Plus on approchait de Boston, plus la foule était en délire. J’avais beau me dire que je devrais m’en servir pour me donner un élan, mais je n’avais plus de jus. Les deux derniers milles ont été interminables. Je ne marchais pas, mais je ne courais pas non plus, je trottinais. Avec moins d’un mille à finir, j’avais rien que le goût de marcher. Mais j’ai eu la bonne idée de me rapprocher de la foule, de leur faire signe de la main et de crier, “thank you Boston” et “thank you, great crowd”, ce qui m’a aidé.

J’ai donc franchi la ligne d’arrivée au bout de 3h53:20, complètement vidé, mais content d’avoir fini ma course sans avoir senti la moindre douleur au mollet et ailleurs (sauf les courbatures habituelles).

Aujourd’hui, je suis allé prendre une marche dans le Jardin Botanique. La neige est partie, les oiseaux chantent, le soleil brille. L’été est commencé. Une nouvelle saison de course aussi. Et je suis très heureux de pouvoir dire que je compte faire mon prochain marathon à Québec le 24 août.

3 Responses to “ J’y suis arrivé! ”

  1. Chops

    C’est comme si j’y étais. Merci et bravo.

  2. Df

    Well written as usual, plse consider blogging in preparation for your next marathon, ‘fly

  3. Kingsley

    Well done! You finished despite all the injuries and setbacks.

    I’m glad to hear your calf is okay.

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